L'ombre et la lumière — L'espérance de vie des personnes autistes Retour · Univers Adulte

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L'ombre & la lumière

L'espérance de vie des personnes autistes — ce que disent réellement les chiffres.

Dossier documenté & sourcé · Charles Chambelland

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Avant-propos

Une phrase circule partout : « les personnes autistes vivraient seize ans de moins ». Elle est répétée, citée, brandie. Elle est aussi largement mal comprise. Ce dossier remonte à la source des études, distingue ce qui est mesuré de ce qui est extrapolé, et éclaire une réalité plus nuancée — plus grave par endroits, plus porteuse d'espoir ailleurs.

Le sujet touche à la mort, mais il parle surtout de vies évitablement écourtées. La plupart des causes qui creusent cet écart ne sont pas une fatalité liée à l'autisme lui-même : ce sont des maladies non dépistées, des soins mal adaptés, une souffrance psychique ignorée. Ce sont précisément les zones que la lumière peut réduire.

Ce document se lit comme un parcours en sept temps : de la définition de l'espérance de vie jusqu'aux leviers qui la font remonter. Chaque chiffre est référencé ; les sources sont réunies à la fin.

Acte I — Comprendre la mesure

Qu'est-ce que l'espérance de vie ?

L'espérance de vie à la naissance est le nombre moyen d'années qu'une génération fictive de nouveau-nés vivrait si elle traversait toute son existence en subissant, à chaque âge, les conditions de mortalité observées une année donnée [1]. Ce n'est donc pas une prédiction de l'avenir, mais une photographie de l'état sanitaire d'une population à un instant précis.

Concrètement, on part de 100 000 nourrissons imaginaires ; on leur applique, âge par âge, les taux de décès réellement constatés ; on additionne toutes les « années-personnes » vécues, puis on divise par l'effectif de départ [1]. Cet indicateur synthétique résume en un seul chiffre les risques de mourir à tous les âges.

Depuis quand la calcule-t-on ?

La démographie naît d'un geste presque interdit à son époque : vouloir mesurer la mort. En 1662, à Londres, le marchand John Graunt analyse les bulletins hebdomadaires de décès des paroisses et dresse la première table de mortalité connue [2]. En 1693, l'astronome Edmond Halley perfectionne la méthode à partir des registres de la ville de Breslau. La notion même de « durée moyenne restant à vivre » est élaborée peu après par les frères Huygens (1669) et par Leibniz [2].

Aujourd'hui, l'indicateur est recalculé chaque année par les instituts nationaux de statistique — l'INSEE en France (qui élabore la table de mortalité française depuis 1946), Eurostat pour l'Union européenne, l'ONU et l'OMS à l'échelle mondiale [1].

De quels facteurs dépend-elle ?

L'espérance de vie n'est jamais un destin uniforme. Elle varie fortement selon :

Principaux facteurs qui font varier l'espérance de vie
FacteurEffet observé
SexeLes femmes vivent en moyenne 5 à 6 ans de plus que les hommes dans presque tous les pays [3].
Niveau de vieEn France, jusqu'à 13 ans d'écart chez les hommes entre les 5 % les plus aisés et les 5 % les plus modestes [4].
Catégorie sociale & diplôme5 ans d'écart entre cadres et ouvriers chez les hommes, 3 ans chez les femmes [5].
Accès aux soinsDépistage, prévention et prise en charge précoce déplacent l'âge du décès.
Modes de vieTabac, alcool, alimentation, pénibilité du travail.
TerritoireEn France, on vit plus longtemps en Pays de la Loire et en Occitanie, moins dans les Hauts-de-France [4].
Chocs collectifsGuerres, famines, canicules, pandémies (la Covid-19 a coûté ~0,5 à 0,6 an en 2020) [6].
À retenir L'espérance de vie est un indicateur « du moment ». Un bébé né en 2025 ne connaîtra pas toute sa vie les conditions de mortalité de 2025 : il vivra très probablement plus longtemps que ce que l'indicateur annonce aujourd'hui [6]. Cette précaution est capitale pour lire, plus loin, les chiffres sur l'autisme.

Acte II — État des lieux

L'espérance de vie dans le monde aujourd'hui

En 2024, l'espérance de vie moyenne dans le monde s'établit autour de 73 ans — près de 71 ans pour les hommes et 76 ans pour les femmes [3]. Il y a deux siècles, aucune région du globe ne dépassait 40 ans.

73 ans
Moyenne mondiale 2024 (ONU)
+17 ans
Gagnés en France depuis 1950
30 ans
Écart Monaco / Tchad

Graphique 1 · Espérance de vie à la naissance par pays

Les deux sexes réunis, estimations 2024. Les extrêmes s'étirent de la principauté de Monaco aux pays confrontés à l'instabilité et à la précarité sanitaire.

Monaco 86,5 Hong Kong 85,6 Japon 84,5 Espagne 84,0 France 83,3 États-Unis 79,0 Moyenne mondiale 73,3 Inde 72,0 Tchad 55,2 Nigéria 54,6 60 70 80 90 Espérance de vie (années) — axe débutant à 50 ans

Sources : ONU – World Population Prospects 2024 ; Worldometer ; Peterson-KFF (États-Unis, 2024) [3][7].

Le cas de la France

En 2025, l'espérance de vie à la naissance atteint 85,9 ans pour les femmes et 80,4 ans pour les hommes (données provisoires INSEE) [8]. La France figure parmi les tout premiers pays européens, notamment pour la longévité des femmes.

L'écart entre les sexes, qui était de huit ans et demi au milieu des années 1980, s'est resserré à environ 5,5 ans aujourd'hui : les modes de vie masculins et féminins se rapprochent [6].

Graphique 2 · Courbe d'évolution en France (1950 – 2025)

Depuis 1950, hommes et femmes ont gagné environ 17 ans. La progression ralentit depuis une décennie ; on distingue le décrochement de 2020 lié à la Covid-19.

Femmes Hommes
90 80 70 60 1950 1970 1990 2010 2025 85,9 80,4

Source : INSEE, série longue de l'espérance de vie à divers âges, 1946–2025 (valeurs 2025 provisoires) [8][9].

Projection Selon le scénario central de l'INSEE, l'espérance de vie à la naissance en France pourrait atteindre 90 ans pour les femmes et 87 ans pour les hommes en 2070 [6]. La longévité continue de progresser — mais de plus en plus lentement.

Acte III — Le cœur du sujet

L'espérance de vie des personnes autistes

Toutes les grandes études convergent sur un point : les personnes autistes meurent plus tôt que la population générale. Mais l'ampleur de cet écart — et surtout ses causes — a été profondément déformée dans le débat public.

Pourquoi cet écart existe-t-il ?

L'autisme n'est pas, en lui-même, une maladie mortelle. La surmortalité s'explique par un faisceau de facteurs qui s'additionnent : des maladies physiques plus fréquentes et souvent mal dépistées, un accès aux soins entravé, une santé mentale fragilisée, et le phénomène d'occultation diagnostique (les symptômes physiques attribués à tort à l'autisme). Nous détaillons ces mécanismes dans les Actes IV et V.

Les études, de la plus ancienne à la plus récente

Suivre la chronologie des recherches permet de comprendre comment le savoir s'est affiné — et pourquoi certaines études font aujourd'hui davantage autorité que d'autres.

2008
Mouridsen et coll. — Danemark

Cohorte de 341 personnes autistes suivies de 1960 à 2006. La mortalité y est environ deux fois supérieure à celle attendue dans la population générale. Causes fréquentes : épilepsie, maladies infectieuses, accidents [10].

2013
Bilder et coll. — Utah (États-Unis)

Suivi d'une étude de prévalence des années 1980. Risque de décès nettement accru (ratio de risque ~9,9). Causes dominantes : événements respiratoires, cardiaques et épileptiques. Le risque apparaît lié aux comorbidités médicales et à la déficience intellectuelle plus qu'à l'autisme seul [11].

2016
Hirvikoski et coll. — Suède Étude fondatrice

L'étude la plus citée au monde. Registres nationaux, 27 122 personnes autistes diagnostiquées entre 1987 et 2009. Résultats majeurs : la mortalité toutes causes est 2,56 fois plus élevée (rapport de cotes ; IC 95 % : 2,38–2,76). Âge moyen au décès : ~58 ans sans déficience intellectuelle, ~39,5 ans avec déficience intellectuelle (contre ~70 ans pour les témoins). Le groupe le plus à risque : les femmes autistes avec déficience intellectuelle. Chez les personnes sans déficience, une cause se détache : le suicide [12].

2018
Bishop-Fitzpatrick & Kind — États-Unis

Analyse de dossiers médicaux de personnes décédées. Les personnes autistes présentaient des taux plus élevés de la plupart des pathologies et décédaient environ 20 ans plus tôt que les témoins décédés [13].

2024
O'Nions et coll. — Royaume-Uni Référence actuelle

Publiée dans The Lancet Regional Health – Europe. Base de médecine générale (IQVIA), diagnostics d'autisme de 1989 à 2019, avec 10 témoins appariés par personne autiste. C'est la première étude à corriger explicitement les mésinterprétations passées et à estimer directement la réduction d'espérance de vie [14] :

Graphique 3 · Réduction estimée de l'espérance de vie (O'Nions, 2024)

Années de vie « perdues » par rapport aux personnes non autistes appariées. La réduction reste modérée sans déficience intellectuelle, mais s'aggrave nettement avec une déficience — et culmine chez les femmes.

Sans déficience intellectuelle Avec déficience intellectuelle
0 5 10 15 Années perdues 6,1 Hommes 6,5 Femmes 7,3 Hommes 14,6 Femmes SANS DÉFICIENCE AVEC DÉFICIENCE

Source : O'Nions E. et coll., The Lancet Regional Health – Europe, 2024, vol. 36, 100776 [14].

Graphique 4 · Âge moyen au décès (Hirvikoski, 2016)

À lire avec prudence. Ces chiffres ne sont pas une espérance de vie : ils indiquent l'âge moyen des seules personnes décédées pendant le suivi (moins de 3 % de la cohorte). C'est précisément la donnée la plus souvent détournée pour affirmer, à tort, que « les autistes vivent 16 ans de moins » (voir l'encadré ci-dessous). L'écart selon la déficience intellectuelle reste néanmoins réel et important.

Population générale 70,2 Autistes sans déficience 58,4 Autistes avec déficience 39,5 20 40 60 Âge moyen au décès (années)

Source : Hirvikoski T. et coll., British Journal of Psychiatry, 2016, 208(3):232–238 [12].

Le malentendu des « 16 ans » Le chiffre de « 16 ans de vie en moins » — très répandu — provient d'une lecture erronée de l'étude Hirvikoski. Moins de 3 % de la cohorte autiste était décédée pendant l'observation : on ne pouvait donc pas en déduire une véritable espérance de vie. Une analyse publiée en 2024 dans JAMA Network Open a d'ailleurs montré que les résultats de cette étude sont massivement mal cités — notamment par confusion entre pensées suicidaires et décès par suicide, et par généralisation abusive de l'âge au décès [15]. L'étude O'Nions (2024), plus rigoureuse, estime l'espérance de vie absolue à environ 74,6 ans (hommes) et 76,8 ans (femmes) sans déficience intellectuelle, et 71,7 ans (hommes) et 69,6 ans (femmes) avec déficience — soit une réduction d'environ 6 ans sans déficience, et jusqu'à 14,6 ans pour les femmes avec déficience. C'est cette étude qui fait aujourd'hui référence.
Une limite qui joue dans le bon sens Les études ne portent que sur des personnes diagnostiquées — historiquement, celles présentant les besoins de soutien les plus lourds. Les adultes autistes sans déficience, longtemps sous-diagnostiqués, sont peu représentés. Les auteurs eux-mêmes soulignent que la réduction moyenne d'espérance de vie est probablement surestimée pour l'ensemble des personnes autistes [14]. Les générations mieux diagnostiquées et mieux accompagnées pourraient connaître de meilleurs chiffres.

Acte IV — Le corps

Les maladies qui pèsent plus lourd

Les personnes autistes présentent des taux plus élevés de presque toutes les pathologies, tous appareils confondus [16]. Ce sur-risque médical, souvent invisible et sous-traité, est le premier moteur de la surmortalité.

Deux grandes études de référence — Croen et coll. (Kaiser Permanente, États-Unis, 2015) et Weir, Baron-Cohen et coll. (2021) — ont établi que, comparés à la population générale, les adultes autistes cumulent davantage de troubles à travers tous les systèmes de l'organisme [16][17].

Comorbidités physiques surreprésentées chez les adultes autistes
Appareil / systèmePathologies plus fréquentes
NeurologiqueÉpilepsie (moteur de mortalité le plus fort), autres troubles du système nerveux
CardiovasculaireHypertension, dyslipidémie, accident vasculaire cérébral, maladies circulatoires
RespiratoireAsthme, BPCO, infections respiratoires
MétaboliqueDiabète (types 1 et 2), obésité, surpoids
DigestifTroubles gastro-intestinaux, maladie cœliaque
ImmunitaireMaladies auto-immunes et affections immunitaires
EndocrinienTroubles thyroïdiens
SommeilInsomnies et troubles du sommeil
ConjonctifSyndrome d'Ehlers-Danlos (surtout chez les femmes autistes)

Les principales causes de décès

Les revues systématiques identifient un socle récurrent de causes [18]. Chez Hirvikoski, les maladies circulatoires (cardiovasculaires) figurent au premier rang. Parmi les maladies du système nerveux, l'épilepsie est de très loin la cause la plus meurtrière — la mortalité neurologique est considérablement plus élevée chez les personnes autistes avec déficience intellectuelle [12].

Grandes catégories de causes de décès
CatégorieDétail
Maladies circulatoiresCause « naturelle » la plus fréquente ; longtemps sous-estimée [12][19]
Maladies du système nerveuxDominées par l'épilepsie [18]
Maladies respiratoiresInfections, complications pulmonaires [11]
Causes externesAccidents, noyades (liées à l'errance / wandering), suffocation [18]
SuicideVoir Acte V — surrisque majeur, surtout sans déficience intellectuelle [12][20]
Un mécanisme aggravant L'occultation diagnostique (diagnostic overshadowing) : des symptômes physiques réels sont attribués à tort à l'autisme, retardant le diagnostic et les soins. Les difficultés de communication et les particularités de perception de la douleur peuvent aussi masquer une pathologie grave jusqu'à un stade avancé [16].

Acte V — L'esprit

Dépression, anxiété, suicide

La santé mentale est l'autre grand versant de la surmortalité. Jusqu'à 80 % des adultes autistes rapportent des difficultés psychiques au cours de leur vie [21]. Le risque suicidaire, en particulier, est parmi les plus élevés de toutes les populations étudiées.

Graphique 5 · Santé mentale — prévalences (population autiste)

Estimations regroupées issues de méta-analyses. Ces chiffres dépassent largement ceux de la population générale.

0 % 10 20 30 40 39,6 % Anxiété 34,2 % Idéation suicidaire 24,3 % Tentatives 23 % Dépression

Sources : Newell V. et coll., 2023, pour l'idéation (34,2 %) et les tentatives (24,3 %) [20] ; revue systématique en réseau (32 pays) pour l'anxiété (39,6 %) et la dépression (23 %) [22].

Le surrisque suicidaire

La comparaison avec la population générale est frappante. Là où les enquêtes internationales de l'OMS situent la prévalence sur la vie entière des idées suicidaires à 9,2 %, des plans à 3,1 % et des tentatives à 2,7 % [23], la méta-analyse de référence chez les personnes autistes (Newell et coll., 2023 ; 36 études, 48 186 participants) relève respectivement 34,2 %, 21,9 % et 24,3 % [20].

Le risque de décès par suicide est lui aussi accru, mais il doit être manié avec prudence : les estimations varient fortement d'une étude à l'autre, et c'est l'un des chiffres les plus fréquemment mal rapportés dans la littérature — souvent par confusion entre pensées suicidaires et décès effectifs [15][24]. Ce dossier s'en tient donc aux prévalences robustes ci-dessus plutôt qu'à un multiplicateur unique.

Graphique 6 · Idéation, plans et tentatives — autistes vs population générale

Prévalences sur la vie entière. Il s'agit de pensées et de conduites rapportées — distinctes du décès par suicide. Les instruments de mesure diffèrent d'une étude à l'autre, mais l'écart est constant et considérable.

Population générale (OMS) Personnes autistes
0 % 10 20 30 40 9,2 % 34,2 % Idéation 3,1 % 21,9 % Plans 2,7 % 24,3 % Tentatives

Sources : Nock M. K. et coll., British Journal of Psychiatry, 2008 (population générale, enquêtes OMS) [23] ; Newell V. et coll., Molecular Autism, 2023 (personnes autistes) [20].

Ce surrisque est le plus marqué chez les femmes autistes et chez les personnes autistes sans déficience intellectuelle [20]. Plusieurs travaux britanniques suggèrent par ailleurs que les traits autistiques sont surreprésentés parmi les personnes décédées par suicide — un constat qui plaide pour un repérage et un accompagnement mieux adaptés, dans un champ encore en cours d'investigation [21].

Pourquoi une telle vulnérabilité ?

Plusieurs facteurs, souvent cumulés, sont documentés [23] : la présence de troubles associés (dépression, anxiété), les difficultés de régulation émotionnelle, le masking (l'effort constant pour dissimuler ses particularités afin de « s'intégrer »), l'épuisement autistique (burnout) lié au stress chronique et au manque de soutien, ainsi que le sentiment d'être en dehors, d'être un poids pour les autres. Beaucoup de ces facteurs sont des conséquences de l'environnement, non de l'autisme en soi.

Vous n'êtes pas seul·e Si vous, ou une personne que vous accompagnez, traversez une période de détresse, il existe en France un numéro national gratuit, confidentiel et disponible 24 h/24, 7 j/7 : le 3114 (Numéro national de prévention du suicide). En cas d'urgence vitale immédiate, composez le 15 (SAMU) ou le 112.

Acte VI — Deux réalités

Avec ou sans déficience intellectuelle

C'est le fil conducteur de toutes les études : l'espérance de vie diffère nettement selon qu'il existe, ou non, une déficience intellectuelle associée. Parler « des autistes » en bloc masque deux trajectoires très distinctes.

Deux profils, deux mécanismes de surmortalité
Autisme SANS déficienceAutisme AVEC déficience
Réduction d'espérance de vie (O'Nions 2024)~6 ans (H et F)7,3 ans (H) · 14,6 ans (F)
Âge moyen au décès (Hirvikoski 2016)~58 ans~39,5 ans
Moteur principalSuicide, santé mentaleÉpilepsie, comorbidités médicales
Groupe le plus à risqueFemmes autistesFemmes autistes avec déficience

Chez les personnes autistes sans déficience intellectuelle, la réduction d'espérance de vie est plus modérée, mais une cause se détache : le suicide. La souffrance psychique, le masking et l'absence de reconnaissance jouent ici un rôle central [12][20].

Chez les personnes autistes avec déficience intellectuelle, l'écart est bien plus profond. Il est porté par les maladies neurologiques (épilepsie au premier chef), les comorbidités médicales lourdes, et les obstacles de communication qui retardent le repérage des symptômes [10][12]. Les femmes autistes avec déficience intellectuelle constituent, dans toutes les études, le groupe le plus vulnérable — une réalité que le sous-diagnostic des femmes rend d'autant plus préoccupante [14].

Nuance essentielle Ces deux profils appellent des réponses différentes : prévention du suicide et reconnaissance pour les uns ; suivi neurologique, cardiovasculaire et coordination médicale renforcée pour les autres. Une politique de santé unique ne peut convenir aux deux.

Épilogue

Vers la lumière

La donnée la plus importante de ce dossier n'est pas un chiffre de mortalité. C'est celle-ci : l'immense majorité de ces décès prématurés sont évitables.

La surmortalité des personnes autistes ne découle pas de l'autisme lui-même, mais de maladies non dépistées, de soins mal adaptés et d'une détresse psychique ignorée. Ce sont autant de leviers d'action :

Leviers qui font remonter l'espérance de vie
LevierEffet attendu
Bilans de santé réguliers et adaptésDépistage précoce des comorbidités (cœur, épilepsie, métabolisme) [16]
Lutte contre l'occultation diagnostiquePrendre au sérieux les symptômes physiques réels [16]
Prévention du suicide adaptée à l'autismeRéduire le premier surrisque évitable sans déficience [20]
Reconnaissance & diagnostic (y compris tardif)Rompre l'isolement, le masking et l'épuisement
Communication accessible en santéAméliorer le repérage chez les personnes avec déficience [16]

Le sous-diagnostic historique signifie aussi que les études actuelles reposent surtout sur les personnes aux besoins les plus lourds. À mesure que le diagnostic s'élargit et que l'accompagnement progresse, les générations futures pourraient connaître de meilleurs chiffres [14][15].

« Mettre ces chiffres en lumière n'est pas les subir : c'est se donner les moyens de les changer. »

Sources & références

Bibliographie

Les études sont classées par ordre d'apparition. Les travaux Hirvikoski (2016) et O'Nions (2024) sont les plus structurants : le premier comme étude fondatrice de référence, le second comme estimation la plus rigoureuse de l'espérance de vie disponible aujourd'hui.

  1. INSEE — L'espérance de vie, un calcul certes fictif, mais très utile (blog INSEE, 2025) ; définition et méthode de calcul de l'espérance de vie à la naissance.
  2. Dupâquier J., L'invention de la table de mortalité. De Graunt à Wargentin (1662–1766), PUF, 1996 ; et Encyclopædia Universalis, notice « John Graunt ».
  3. ONU — World Population Prospects 2024 ; Statista / Population Reference Bureau, espérance de vie par continent et par sexe, 2024.
  4. INSEE — De 2012-2016 à 2020-2024, l'écart d'espérance de vie entre les personnes modestes et aisées s'est accru, Insee Première n° 2085, 2025.
  5. Blanpain N. — Les écarts d'espérance de vie entre cadres et ouvriers : 5 ans chez les hommes, 3 ans chez les femmes, Insee Première n° 2005, 2024.
  6. Centre d'observation de la société — Espérance de vie : des progrès au ralenti, 2026 ; projections INSEE 2070.
  7. Peterson-KFF Health System Tracker — How does U.S. life expectancy compare to other countries?, 2024 ; Worldometer, Life Expectancy by Country.
  8. INSEE — Espérance de vie à divers âges (données annuelles 1994–2025) et Série longue, France métropolitaine 1946–2023.
  9. INED — Espérance de vie – France, tableau de mortalité et causes de décès (mise à jour 2025).
  10. Mouridsen S. E. et coll. — Étude de cohorte danoise (1960–2006), mortalité dans l'autisme, 2008.
  11. Bilder D. et coll. — Excess Mortality and Causes of Death in Autism Spectrum Disorders, cohorte Utah/UCLA, 2013.
  12. Hirvikoski T., Mittendorfer-Rutz E., Boman M., Larsson H., Lichtenstein P., Bölte S. — Premature mortality in autism spectrum disorder, British Journal of Psychiatry, 2016 ; 208(3):232–238.
  13. Bishop-Fitzpatrick L. & Kind A. J. H. — Analyse des dossiers médicaux de personnes autistes décédées, 2018.
  14. O'Nions E., Lewer D., Petersen I. et coll. — Estimating life expectancy and years of life lost for autistic people in the UK: a matched cohort study, The Lancet Regional Health – Europe, 2024 ; 36:100776.
  15. Analyse du contexte de citation des résultats de Hirvikoski sur la mortalité et le suicide — mésinterprétations fréquentes : confusion entre pensées suicidaires et décès, généralisation abusive de l'âge au décès, conclusions non étayées sur l'espérance de vie (JAMA Network Open, 2024).
  16. Croen L. A., Zerbo O., Qian Y. et coll. — The health status of adults on the autism spectrum, Autism, 2015 ; 19(7):814–823.
  17. Weir E., Allison C., Warrier V., Baron-Cohen S. — Increased prevalence of non-communicable physical health conditions among autistic adults, Autism, 2021.
  18. Revue systématique — All-cause and cause-specific mortality in people with autism spectrum disorder, 2023 (ScienceDirect).
  19. Autism and Cardiovascular Mortality — Canadian Journal of Cardiology / ScienceDirect, 2025.
  20. Newell V., Phillips L., Jones C., Townsend E., Richards C., Cassidy S. — A systematic review and meta-analysis of suicidality in autistic and possibly autistic people without co-occurring intellectual disability, Molecular Autism, 2023 ; 14:12 (36 études, 48 186 participants) : idéation 34,2 % ; plans 21,9 % ; tentatives 24,3 %.
  21. Huntjens A. et coll. (2024) ; revue systématique du suicide dans l'autisme 2018–2024 ; données britanniques sur la part de traits autistiques parmi les décès par suicide.
  22. Revue systématique et méta-analyse en réseau (32 pays) — anxiété 39,6 % ; dépression 23 % chez les personnes autistes (PMC).
  23. Nock M. K., Borges G., Bromet E. J. et coll. — Cross-national prevalence and risk factors for suicidal ideation, plans and attempts, British Journal of Psychiatry, 2008 ; 192(2):98–105 (enquêtes OMS sur la santé mentale, 84 850 adultes, 17 pays) : idéation 9,2 %, plans 3,1 %, tentatives 2,7 % sur la vie entière.
  24. Cassidy S. et coll. — travaux sur la suicidalité dans l'autisme (cohorte clinique, The Lancet Psychiatry, 2014 ; propriétés psychométriques des outils de mesure, Clinical Psychology Review, 2018). Les estimations du risque de décès par suicide varient fortement selon les méthodes et sont fréquemment mal rapportées.

Note méthodologique L'espérance de vie est un indicateur « du moment », fondé sur une génération fictive : elle décrit les conditions présentes, non l'avenir réel d'un individu. Les études sur l'autisme portent presque toutes sur des personnes diagnostiquées, majoritairement à besoins de soutien élevés ; elles ne se généralisent pas à l'ensemble des personnes autistes et tendent plutôt à surestimer la réduction moyenne d'espérance de vie. Enfin, les chiffres relatifs au suicide varient fortement d'une étude à l'autre selon les méthodes.

Ce dossier a une vocation d'information et de sensibilisation. Il ne remplace pas un avis médical individuel. Si le sujet vous touche personnellement, le 3114 (prévention du suicide, gratuit, 24 h/24) et votre médecin traitant restent vos premiers interlocuteurs.

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