Charles Chambelland Univers Adulte
Dossier de référence · Autisme

Les Centres Ressources Autisme
en France

Comprendre le trouble du spectre de l'autisme, savoir où s'adresser, comment obtenir un diagnostic et faire valoir ses droits — un guide complet pour les personnes concernées, leurs proches et les professionnels.

26 CRA en France 18 régions couvertes Depuis 2005 1 personne sur 100
Section 1

Qu'est-ce que le trouble du spectre de l'autisme ?

Le trouble du spectre de l'autisme (TSA) est un trouble du neurodéveloppement (TND) : il apparaît précocement dans l'enfance, pendant une période de fort développement du cerveau, et influence durablement la manière dont la personne perçoit le monde, communique et interagit.

Le diagnostic repose sur la présence conjointe, depuis le plus jeune âge, de deux grands ensembles de particularités. Elles peuvent s'exprimer avec une intensité très variable d'une personne à l'autre — d'où la notion de spectre.

Les deux axes diagnostiques

  • A. Particularités de la communication et des interactions sociales — difficultés à initier ou maintenir une relation réciproque, à décoder les codes sociaux implicites, le langage non verbal, les non-dits.
  • B. Caractère restreint et répétitif des comportements, intérêts ou activités — routines, intérêts spécifiques intenses, besoin de prévisibilité, et très fréquemment des particularités sensorielles (hyper- ou hypo-sensibilité aux sons, lumières, textures…).

L'autisme n'est pas une maladie et ne se « soigne » pas : c'est une autre façon de fonctionner, qui fait partie de l'identité de la personne. Un repérage et un accompagnement adaptés améliorent nettement la qualité de vie.

Le saviez-vous ? Le TSA concerne environ 1 personne sur 100. Chaque profil est unique. Le TSA s'accompagne souvent d'un ou plusieurs autres troubles du neurodéveloppement (TDAH, troubles « dys », trouble du développement intellectuel…) : plus de la moitié des personnes ayant un TND en présentent un second.

Le terme officiel actuel est « trouble du spectre de l'autisme ». Les anciennes appellations — autisme infantile, syndrome d'Asperger, troubles envahissants du développement (TED) — ne sont plus utilisées comme catégories distinctes dans les classifications de référence (voir section 2).

Section 2

Les classifications : DSM-5 et CIM-11

Pour poser un diagnostic, les professionnels s'appuient sur des classifications internationales de référence. Deux coexistent — l'une médico-administrative et obligatoire, l'autre largement utilisée en clinique.

Le DSM — Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux

Publié par l'Association américaine de psychiatrie, le DSM en est à sa 5ᵉ édition (DSM-5, 2013, traduit en français en 2015). C'est lui qui a introduit, en 2013, la notion de spectre et l'appellation unique « trouble du spectre de l'autisme », en remplacement des anciens sous-types. Le TSA y est classé parmi les troubles du neurodéveloppement, avec des niveaux de sévérité (de 1 à 3) selon le besoin de soutien.

La CIM — Classification internationale des maladies

Éditée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la CIM est la référence officielle pour le codage médical dans le monde. Sa 11ᵉ révision (CIM-11) classe le TSA sous le code 6A02, également parmi les troubles du neurodéveloppement, et reconnaît elle aussi un continuum sans sous-types figés.

Quelle classification fait référence en France ? Les deux sont utilisées de façon complémentaire. La CIM (OMS) est la classification officielle et obligatoire pour le codage médico-administratif : la France applique progressivement la CIM-11 depuis 2022, en parallèle de la CIM-10. Le DSM-5, lui, est très largement employé par les cliniciens pour la démarche diagnostique. Les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) — qui encadrent les bonnes pratiques en France — s'appuient sur ces deux références.

Repères comparatifs — sources : HAS, OMS, APA, Maison de l'autisme
CritèreDSM-5CIM-11
ÉditeurAssociation américaine de psychiatrie (APA)Organisation mondiale de la santé (OMS)
Édition / année5ᵉ édition (2013) — français 201511ᵉ révision (en vigueur 2022)
CatégorieTroubles du neurodéveloppementTroubles du neurodéveloppement
Code TSA299.00 (F84.0)6A02
ApprocheDimensionnelle (spectre, niveaux de sévérité 1–3)Continuum, avec précisions (déficience intellectuelle associée ou non, langage fonctionnel)
Anciens sous-typesSupprimés (autisme infantile, syndrome d'Asperger, TED non spécifié) → désormais regroupés sous « TSA »
Usage en FranceRéférence clinique pour le diagnosticRéférence officielle pour le codage médico-administratif

À côté de ces classifications, la CIF (Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé) complète l'approche : elle décrit non pas le « diagnostic » mais le fonctionnement de la personne dans son environnement — utile pour évaluer les besoins de compensation (voir MDPH, section 7).

Section 3

Le plan autisme & la stratégie nationale

Depuis 2005, la politique publique de l'autisme s'est construite à travers une succession de plans, devenus une stratégie nationale. Ces textes orientent les financements, les appels à projets et les dispositifs proposés aux familles — et c'est dans ce cadre que les CRA ont été créés.

Une histoire en cinq étapes

1999–2005 · Les origines
Création de 4 CRA expérimentaux (Champagne-Ardenne, Bretagne–Pays de la Loire, Languedoc-Roussillon, Centre). L'expérimentation est jugée concluante.
2005–2007 · 1ᵉʳ Plan Autisme
Généralisation : un CRA est créé dans chaque région. La loi du 11 février 2005 reconnaît l'autisme comme un handicap et crée les MDPH.
2008–2010 · 2ᵉ Plan Autisme
Renforcement du repérage, de la formation et de l'offre de prise en charge.
2013–2017 · 3ᵉ Plan Autisme
Le triptyque « Repérage – Diagnostic – Interventions précoces » est posé. En 2017 naît le GNCRA, tête de réseau nationale des CRA (décret du 5 mai 2017).
2018–2022 · Stratégie nationale autisme au sein des TND
Le 4ᵉ plan élargit l'horizon à l'ensemble des troubles du neurodéveloppement. Déploiement des plateformes de coordination et d'orientation (PCO) pour les jeunes enfants.
2023–2027 · Stratégie nationale TND
« Autisme, Dys, TDAH, TDI » — présentée en novembre 2023. 6 engagements, 81 mesures, 680 M€.

La stratégie 2023-2027 : objectifs

Son ambition affichée : « garantir aux personnes des accompagnements de qualité et le respect de leurs choix », et construire une société plus accueillante. Elle s'organise autour de six engagements :

  1. Amplifier la recherche sur les TND et diffuser les connaissances auprès des acteurs de terrain.
  2. Garantir une solution d'accompagnement à chaque personne, tout au long de la vie, et intensifier la formation des professionnels.
  3. Avancer l'âge du repérage et du diagnostic et intensifier les interventions précoces (repérage dès la petite enfance, dès 18 mois pour les formes sévères).
  4. Adapter la scolarité de la maternelle à l'enseignement supérieur.
  5. Accompagner les transitions de l'adolescence et de l'âge adulte (et mieux prendre en charge les adultes, notamment les situations complexes).
  6. Faciliter la vie quotidienne des personnes et de leurs familles, et leur insertion dans la société.

La charte des CRA

Le réseau s'appuie sur une charte commune portée par le GNCRA : elle fixe des principes partagés d'éthique, de déontologie et de qualité de service (respect de la personne, fiabilité de l'information, harmonisation des pratiques entre régions). Adhérer à cette charte est une condition pour faire partie du GNCRA. Chaque CRA dispose par ailleurs d'un conseil d'orientation stratégique (COS) qui associe notamment des représentants des personnes autistes et de leurs familles.

Prévalence estimée des troubles du neurodéveloppement

Part de la population concernée (estimations). Les TND touchent globalement environ 1 personne sur 6.

Source : dossier de presse de la Stratégie nationale TND 2023-2027 ; HAS. Estimations indicatives (TDAH : ≈6 % chez l'enfant, ≈3 % chez l'adulte).

Section 4

Le Centre Ressources Autisme : définition et missions

Un Centre Ressources Autisme (CRA) est une structure médico-sociale, publique, autorisée et financée par l'Agence Régionale de Santé (ARS), animée par une équipe pluridisciplinaire spécialisée sur les TSA. Il en existe au moins un par région. Les CRA sont fédérés depuis 2017 par le GNCRA.

Ce qu'un CRA est… et ce qu'il n'est pas

Le CRA informe, oriente, évalue et soutient — mais il n'assure pas directement les soins ni le suivi au long cours. Il intervient en complément des dispositifs de proximité (médecins, CMP, CAMSP, CMPP, secteur médico-social), principalement lorsqu'une situation demande une expertise spécialisée ou un diagnostic complexe. Ses services sont gratuits.

À qui s'adresse un CRA ?

À toute personne concernée ou simplement intéressée par l'autisme : les personnes autistes (enfants, adolescents, adultes), leurs familles et proches aidants, et les professionnels (santé, éducation, social) ainsi que les étudiants.

Les missions des CRA (décret du 5 mai 2017)

Depuis 2017, les missions des CRA sont définies par un cadre réglementaire national. On les résume ainsi :

1 Accueillir, écouter, informer
Réponses personnalisées, conseil et orientation des personnes, familles et professionnels.
2 Appui au diagnostic et à l'évaluation
Réaliser ou appuyer les bilans diagnostiques et fonctionnels dans les situations complexes.
3 Conseil et expertise « de recours »
Soutenir les équipes et professionnels de terrain confrontés à des situations difficiles.
4 Former et sensibiliser
Développer les compétences des aidants familiaux et des professionnels.
5 Documenter
Centre de documentation spécialisé, ouvert au public (consultation, parfois prêt).
6 Animer le réseau régional
Coordonner les acteurs de l'autisme sur le territoire.
7 Participer à la recherche
Contribuer aux études et aux projets scientifiques sur l'autisme.
8 Conseiller les institutions
Apporter expertise aux ARS, services de l'État, collectivités et instances nationales.

Repère. Dans le parcours de diagnostic, le CRA se situe en 3ᵉ ligne (voir section 6) : on s'y adresse généralement après les professionnels de proximité, lorsque le diagnostic est difficile à poser. Pour un adulte, il est toutefois possible de contacter directement le CRA de sa région pour être orienté.

Section 5

Tous les CRA de France, région par région

La France compte 26 CRA répartis sur l'ensemble du territoire (métropole et outre-mer). Certaines grandes régions, issues de fusions, en comptent plusieurs. Chaque centre développe en outre des antennes territoriales pour se rapprocher des usagers.

Trouver le CRA le plus proche

Pour la carte interactive et l'annuaire toujours à jour de tous les CRA et de leurs antennes :

GNCRA — annuaire & carte des CRA  ·  Maison de l'autisme  ·  Autisme Info Service — annuaire

Chaque carte indique l'organisme gestionnaire, le public accueilli et un lien direct.  Les missions précises, la composition des équipes, le rôle de chacun, les délais d'attente et la distinction enfants / adultes — communs à l'ensemble du réseau — sont détaillés juste après l'annuaire.

Carte interactive des CRA par région. Choisissez une région pour rejoindre directement ses centres dans l'annuaire ci-dessous.

Sur ordinateur, survolez une région pour afficher son nom ; cliquez (ou touchez sur mobile) pour accéder à ses CRA.

Auvergne-Rhône-Alpes 2 CRA
CRA Rhône-Alpes
CH Le Vinatier — Bron (Lyon)
EnfantsAdosAdultes
cra-rhone-alpes.org
CRA Auvergne
CHU Gabriel-Montpied — Clermont-Ferrand
EnfantsAdosAdultes
cra-auvergne.com
Bourgogne-Franche-Comté 2 CRA
CRA Bourgogne
Dijon (portail commun CRA-BFC)
EnfantsAdosAdultes
crabourgogne.org
CRA Franche-Comté
Besançon — antenne Montbéliard
EnfantsAdosAdultes
cra-franchecomte.fr
Bretagne 1 CRA
CRA Bretagne
Rennes & Brest
EnfantsAdosAdultes
cra.bzh
Centre-Val de Loire 1 CRA
CRA Centre-Val de Loire
CHRU de Tours
EnfantsAdosAdultes
cra-centre.org
Corse 1 CRA
CRA Corse
Ajaccio
EnfantsAdosAdultes
Fiche GNCRA
Grand Est 3 CRA
CRA Alsace
Strasbourg — doc. AIDA, Colmar
EnfantsAdosAdultes
cra-alsace.fr
CRA Lorraine
Centre Psychothérapique de Nancy — Laxou
EnfantsAdosAdultes
Fiche GNCRA
CRA Champagne-Ardenne
CHU de Reims & CREAI Grand Est
EnfantsAdosAdultes
cra-champagne-ardenne.fr
Hauts-de-France 2 CRA
CRA Picardie
CHU Amiens-Picardie — Site Sud · ☎ 03 22 66 75 40
EnfantsAdosAdultes
Fiche GNCRA
CRA Nord-Pas-de-Calais
Lille
EnfantsAdosAdultes
cra-npdc.fr
Île-de-France 1 CRA
CRAIF — CRA Île-de-France
Paris · anime aussi la Maison de l'autisme
EnfantsAdosAdultes
craif.org
Normandie 2 CRA
CRA Normandie Calvados-Orne-Manche
Caen
EnfantsAdosAdultes
cra-normandie-com.fr
CRA Normandie Seine-Eure
CH du Rouvray — Sotteville-lès-Rouen
EnfantsAdosAdultes
Fiche GNCRA
Nouvelle-Aquitaine 3 CRA
CRA Aquitaine
CH Charles-Perrens — Bordeaux (antennes Pau, Bayonne, Bergerac, Mont-de-Marsan)
EnfantsAdosAdultes
cra.ch-perrens.fr
CRA Poitou-Charentes
CHU de Poitiers — PUPEA
EnfantsAdosAdultes
cra-pc.fr
CRA Limousin
CHU de Limoges
EnfantsAdosAdultes
cralimousin.com
Occitanie 2 CRA
CRA Languedoc-Roussillon
CHU de Montpellier — SMPEA Peyre-Plantade
EnfantsAdosAdultes
autisme-ressources-lr.fr
CRA Midi-Pyrénées
Hôpital La Grave — Toulouse
EnfantsAdosAdultes
cra-mp.info
Pays de la Loire 1 CRA
CRA Pays de la Loire
Nantes
EnfantsAdosAdultes
cra-paysdelaloire.fr
Provence-Alpes-Côte d'Azur 1 CRA
CRA PACA
AP-HM — Hôpital Sainte-Marguerite, Marseille
EnfantsAdosAdultes
cra-paca.centredoc.fr
Outre-mer (DROM) 4 CRA
CRA Guadeloupe
Guadeloupe
EnfantsAdosAdultes
Fiche GNCRA
CRA Guyane
Cayenne
EnfantsAdosAdultes
Fiche GNCRA
CRA Martinique
CH Maurice-Despinoy — Fort-de-France / Le Lamentin
EnfantsAdosAdultes
Fiche GNCRA
CRA La Réunion (CRIA)
Saint-Leu — couvre aussi Mayotte
EnfantsAdosAdultes
cria.re

L'équipe d'un CRA et le rôle de chacun

Tous les CRA reposent sur une équipe pluridisciplinaire. Sa composition exacte varie d'un centre à l'autre, mais on y retrouve le plus souvent :

Médecin (psychiatre / pédopsychiatre)

Coordonne la démarche, mène l'entretien clinique et l'anamnèse, pose ou valide le diagnostic.

Psychologue / neuropsychologue

Réalise les évaluations (fonctionnement intellectuel, cognition, observation clinique standardisée).

Orthophoniste

Évalue la communication, le langage et la pragmatique du langage.

Psychomotricien(ne)

Évalue la motricité, la sensorialité et le profil sensori-moteur.

Éducateur(rice) spécialisé(e)

Observe le fonctionnement au quotidien, soutient l'orientation et les outils adaptés.

Assistant(e) de service social

Accompagne dans les démarches administratives, notamment vers la MDPH.

Infirmier(ère)

Participe à l'accueil, aux bilans et au lien avec les soins somatiques.

Documentaliste & secrétariat

Animent le centre de documentation et gèrent l'accueil, les rendez-vous, le suivi des dossiers.

Ce qu'un CRA permet d'obtenir

  • Une information fiable et une orientation personnalisée sur l'autisme et les ressources de la région.
  • Une évaluation et un appui au diagnostic dans les situations complexes (bilans pluridisciplinaires).
  • Des préconisations écrites : interventions recommandées, pistes d'accompagnement, relais vers les professionnels.
  • Un accompagnement administratif (aide à comprendre et préparer un dossier MDPH).
  • L'accès à un centre de documentation spécialisé et à des formations (familles, aidants, professionnels).

À noter : le CRA ne propose en général pas de suivi thérapeutique au long cours. Après le bilan, il oriente vers des professionnels libéraux ou des structures de proximité qui assureront l'accompagnement.

Enfants et adultes : deux parcours distincts

La manière dont les CRA appréhendent les différents publics dépend de l'âge — les outils, les interlocuteurs et même les équipes diffèrent souvent (de nombreux CRA disposent d'une unité enfants et d'une unité adultes distinctes).

Enfants & adolescents ≤ 16–18 ans

  • Repérage par le médecin, le pédiatre, la PMI ou l'école.
  • Pour les 0–6 ans : orientation vers une plateforme de coordination et d'orientation (PCO), avec bilan et interventions précoces pris en charge à 100 %.
  • Relais de proximité : CAMSP, CMPP, CMP infanto-juvénile.
  • Le CRA intervient pour les diagnostics complexes et appuie les équipes.
  • Volet scolaire central : PPS, AESH, ULIS (voir section 8).

Adultes ≥ 16–18 ans

  • Beaucoup d'adultes consultent après un diagnostic tardif (sentiment de décalage, isolement, anxiété).
  • Le diagnostic doit reconstituer l'histoire développementale rétrospective — d'où l'intérêt d'apporter bulletins, souvenirs, photos, témoignages de l'enfance.
  • Interlocuteurs : médecin traitant, psychiatre ou CMP adulte (2ᵉ ligne), puis CRA ou centres experts en 3ᵉ ligne.
  • Plusieurs CRA ont une équipe dédiée aux adultes ; on peut souvent les contacter directement.
  • Enjeux propres : emploi (RQTH, emploi accompagné), logement, autonomie, droits.

Les délais d'attente

En toute transparence : il n'existe pas de délai unique ni de barème publié par CRA, et ces délais évoluent constamment. Parce que le CRA intervient en 3ᵉ ligne sur les situations complexes et que la demande est forte, l'attente est souvent longue — fréquemment de l'ordre de 12 mois à 2-3 ans pour un bilan adulte, selon les régions. Le délai réel ne peut être connu qu'en contactant le secrétariat du CRA concerné (c'est la seule source fiable). Bonne nouvelle : le parcours démarre souvent plus vite par la 1ʳᵉ/2ᵉ ligne (médecin, CMP, et PCO pour les moins de 6 ans), et le CRA n'est pas toujours nécessaire.

Comment constituer un dossier au CRA

Les modalités varient légèrement, mais la logique est partout la même. La condition essentielle : l'adressage par un professionnel de santé.

Première consultation de proximité
Médecin traitant, psychiatre, psychologue ou neuropédiatre réalise un premier repérage et, en cas de doute ou de complexité, propose une orientation vers le CRA.
Courrier d'adressage
Un professionnel de santé rédige un courrier d'adressage motivant la demande (c'est généralement obligatoire). Pour un adulte, un courrier du médecin généraliste ou du psychiatre suffit le plus souvent.
Constitution & envoi du dossier
Le CRA fournit un dossier à compléter : renseignements administratifs, histoire de vie, comptes rendus et bilans déjà réalisés. Rassemblez les éléments d'enfance (bulletins, observations, photos) utiles pour reconstituer le développement.
Analyse & inscription sur liste d'attente
L'équipe étudie la demande ; si une évaluation approfondie se justifie, la personne est inscrite sur liste d'attente.
Consultation médicale d'accueil
Un entretien clinique (anamnèse) permet de comprendre le parcours et les attentes, et de décider des bilans pertinents.
Bilans pluridisciplinaires
Selon les besoins : évaluations psychologique, du langage, sensori-motrice, observation clinique standardisée. Ils s'étalent souvent sur plusieurs semaines.
Restitution & préconisations
Le diagnostic est annoncé et expliqué, accompagné de recommandations écrites et d'une orientation vers les relais d'accompagnement.

Important : aucun questionnaire ou test en ligne ne permet de poser un diagnostic, et ces auto-évaluations ne suffisent pas pour constituer un dossier MDPH. Seul un parcours avec des professionnels formés fait foi.

Section 6

Le diagnostic : comment l'obtenir, et après ?

Le diagnostic repose sur une évaluation clinique menée par des professionnels formés (entretiens, observation, histoire du développement, bilans complémentaires si besoin). La HAS organise le parcours en trois lignes, selon la complexité.

1ʳᵉ ligne · Proximité

Repérer & orienter

Médecin traitant, pédiatre, PMI, école. Premier repérage des signes et orientation. Tout médecin peut amorcer la démarche.

2ᵉ ligne · Spécialisée

Évaluer & diagnostiquer

Équipes pluriprofessionnelles : CMP, CMPP, CAMSP, psychiatre ou pédopsychiatre, équipes de PCO. Posent la majorité des diagnostics.

3ᵉ ligne · Recours

Les situations complexes

CRA et centres experts. Interviennent en cas de doute diagnostique, de comorbidités, de désaccord, ou d'échec d'un premier bilan.

Prise en charge financière : pour les enfants de moins de 6 ans, le bilan en 2ᵉ ligne est pris en charge à 100 % via la PCO. Le passage par le CRA reste gratuit. Au-delà, et pour les adultes, certaines évaluations en libéral peuvent rester partiellement à charge.

Et après le diagnostic ?

Le diagnostic n'est ni une fin, ni une étiquette : c'est un outil. Il aide à comprendre son fonctionnement, ouvre l'accès à des accompagnements adaptés et à des droits. La personne reste la même avant et après. Plusieurs démarches s'ouvrent alors :

  • Mettre en place les interventions recommandées par la HAS, avec une équipe de proximité (selon l'âge et le profil).
  • Constituer un dossier MDPH pour faire valoir ses droits (section 7) — un compte rendu médical de moins de 5 ans suffit généralement.
  • S'appuyer sur les associations (Autisme France, Sésame Autisme, associations locales…) : écoute après diagnostic, conseils, entraide.
  • Pour un adulte : envisager les démarches d'emploi (RQTH, emploi accompagné), de logement et d'autonomie.
  • Un second avis est possible, et même encouragé en cas de doute.
Section 7

La MDPH

La Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) est le guichet unique d'accueil, d'information, d'accompagnement et de conseil pour les personnes handicapées et leur famille. Créée par la loi du 11 février 2005, il en existe une par département. L'autisme relevant du champ du handicap, c'est par la MDPH que passe l'ouverture des droits.

Son rôle

  • Informer et accompagner dans les démarches, aider à formuler le projet de vie.
  • Évaluer les besoins via une équipe pluridisciplinaire, à partir du projet de vie et d'un certificat médical.
  • Proposer un plan personnalisé de compensation du handicap.
  • Organiser la CDAPH (Commission des droits et de l'autonomie), qui décide de l'attribution des droits et prestations.

C'est la CDAPH qui décide. La MDPH instruit le dossier ; la Commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées prend les décisions (AAH, PCH, RQTH, AEEH, orientation, CMI…). Ses décisions peuvent faire l'objet d'un recours.

Constituer un dossier MDPH

Retirer le dossier
Formulaire unique (Cerfa) à retirer à la MDPH ou à télécharger sur le site de la CNSA. Dépôt papier ou, dans de nombreux départements, en ligne via mdphenligne.cnsa.fr.
Le certificat médical
Pièce maîtresse : le certificat médical (Cerfa 15695*01), de moins d'un an, complété par un médecin. Joindre les bilans et comptes rendus diagnostiques.
Le projet de vie
Décrire à l'écrit ses souhaits, besoins et attentes (vie quotidienne, scolarité, travail, logement). Une assistante sociale ou le CRA peut aider à le rédiger.
Dépôt & instruction
L'équipe pluridisciplinaire évalue. Puis la CDAPH statue et notifie la décision par courrier.

Délais. Très variables selon les départements — souvent de l'ordre de plusieurs mois, parfois jusqu'à 8 mois à 1 an. L'absence de réponse au-delà de 4 mois vaut décision implicite de rejet (qui ouvre une voie de recours). En cas de déménagement, inutile de tout refaire : la MDPH d'origine transmet le dossier.

Section 8

Les droits d'une personne autiste en France

En France, l'autisme est reconnu comme un handicap depuis la loi du 11 février 2005 « pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ». Cette reconnaissance ouvre l'accès à un ensemble de droits et de prestations, à tous les âges.

Les principales prestations & reconnaissances

Chaque dispositif est attribué par la MDPH (décision de la CDAPH), sauf mention contraire. Voici à quoi sert chacun :

AAHAllocation aux adultes handicapés

Adultes dès 20 ans (ou 16 ans si non rattaché au foyer fiscal des parents)

Revenu minimum garanti aux personnes handicapées, sous conditions de taux d'incapacité et de ressources. Déconjugalisée depuis octobre 2023 (calculée sur les seuls revenus de la personne). Cumulable, en partie, avec une activité professionnelle.

AEEHAllocation d'éducation de l'enfant handicapé

Enfants de moins de 20 ans

Versée aux parents pour les aider à couvrir les frais liés au handicap de leur enfant. Des compléments peuvent s'y ajouter selon l'importance des besoins et le retentissement sur la vie familiale.

PCHPrestation de compensation du handicap

EnfantsAdultes

Aide financière qui couvre les besoins concrets liés au handicap : aides humaines, aides techniques, aménagement du logement ou du véhicule, transport, charges spécifiques. Élargie aux troubles du neurodéveloppement depuis 2023.

RQTHReconnaissance de la qualité de travailleur handicapé

Adultes en emploi ou en recherche d'emploi

Ouvre droit aux aménagements de poste, à un accompagnement spécialisé (Cap emploi, emploi accompagné) et à l'accès aux entreprises adaptées et aux ESAT. Peut être attribuée pour une longue durée, voire sans limitation.

CMICarte mobilité inclusion

EnfantsAdultes

Carte officielle portant une ou plusieurs mentions — invalidité, priorité, stationnement — qui facilitent les déplacements, l'accès aux files prioritaires et le stationnement au quotidien.

PPSProjet personnalisé de scolarisation

Élèves

Document qui organise et formalise la scolarité adaptée d'un élève : aménagements pédagogiques, accompagnement humain (AESH), dispositif ULIS, orientation. Élaboré à partir des besoins évalués par la MDPH.

ESMSOrientation en établissement ou service médico-social

EnfantsAdultes

Décision qui oriente la personne vers une structure adaptée à sa situation : IME, SESSAD, SAVS, SAMSAH, ESAT, foyer de vie, etc.

Sources : MDPH / CNSA, service-public.fr, handicap.gouv.fr, Maison de l'autisme.

Scolarité

La loi de 2005 garantit à chaque enfant en situation de handicap le droit d'être scolarisé en milieu ordinaire, au plus près de son domicile, avec les aménagements nécessaires : accompagnement par un AESH, dispositifs ULIS, unités d'enseignement (UEMA/UEEA), et le PPS qui formalise le parcours. Le principe d'école inclusive a été renforcé en 2013 puis 2019.

Emploi

La RQTH donne accès aux aménagements raisonnables, à l'accompagnement (Cap emploi, emploi accompagné), et oriente, si besoin, vers le milieu ordinaire, une entreprise adaptée (EA) ou un ESAT. Informer son employeur n'est pas obligatoire. Les entreprises de 20 salariés et plus sont soumises à une obligation d'emploi de 6 % de travailleurs handicapés.

Vie quotidienne & protection

S'y ajoutent l'accessibilité (cadre bâti, transports, services), des dispositifs de répit pour les aidants, et — selon les situations — des mesures de protection juridique. La Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées (CIDPH) constitue le cadre international de référence.

En cas de difficulté ou de discrimination : les décisions de la CDAPH peuvent être contestées (recours administratif préalable obligatoire — RAPO — auprès de la MDPH, puis recours juridictionnel). Pour faire valoir une atteinte aux droits, il est possible de saisir le Défenseur des droits.

Montants : à titre indicatif, l'AAH à taux plein s'élevait à 1 016,05 € par mois (montant d'avril 2025). Elle est revalorisée chaque année — vérifiez le montant en vigueur sur service-public.fr.

Pour aller plus loin

Ressources officielles & liens utiles